Servir la France en aidant le Liban

Invitée par Le Conseil des Libanais de France (COLIF) à intervenir sur le sujet “Servir la France en aidant le Liban”, j’ai retrouvé des collègues parlementaires : Amal Amélia Lakrafi, Florence Provendier, députées, et Christine Lavarde, sénatrice et des élus franco-libanais de la région parisienne. Merci à Jérôme Hajjar, pour cette initiative !

Ci-dessous le texte de ma prise de parole :

“Je commence cette intervention en citant la solidarité financière et matérielle (accueil des étudiants, des familles, envoi d’argent ) que les franco-libanais vivant en France réalisent envers leurs familles et amis vivant au Liban. C’est un effort qui n’est pas visible mais qui est important pour beaucoup d’entre nous parce qu‘il faut bien répondre aux urgences que l’Etat libanais n’est pas capable d’assurer. Les Libanais de l’étranger ont toujours envoyé des sommes importantes au Liban et la crise a encore augmenté ce transfert. Il est essentiel de le souligner.

Servir la France en aidant le Liban, c’est d’abord en nous engageant comme Franco-Libanais au service de la France, par nos professions et nos engagements divers, associatifs ou politiques : tous les émigrés ne s’engagent pas autant. Les Libanais ne forment pas des communautés fermées, partout où ils sont. Cela permet de donner une image positive des Libanais aux Français qui nous côtoient, mais aussi de renvoyer cette image aux Libanais de l’intérieur, afin qu’ils continuent d’être fiers de ce qu’ils sont.

Mais nous avons le devoir de nous engager de manière exemplaire : les arabes à l’étranger n’ont pas le droit à l’écart de conduite, sinon ils ternissent l’image de leurs compatriotes et ne rendent pas au pays qui les accueille la reconnaissance qu’ils lui doivent.

Les rencontres des libanais de l’étranger LDE ont permis de montrer les talents des libanais à travers le monde dans tous les domaines. Nos engagements peuvent avoir une partie orientée vers le Liban : si je suis entrepreneur, comment orienter une partie de mes activités vers le Liban ? Si je suis militant associatif, comment faire des ponts avec les associations libanaises ? Si je suis élu politique, comment entretenir des relations avec les autres responsable politiques au Liban ? Comment sensibiliser aux problèmes des Libanais en France ? Comment aider la France à prendre sa place dans cette partie du monde ?

Servir la France en aidant le Liban, c’est également défendre notre double culture, défendre l’intégrité, quelles que soient les circonstances, mais aussi le sens de l’accueil qui est en nous. Approfondir l’apport mutuel entre les cultures de la France et du Liban nous invite à assumer en même temps : 1) notre appartenance à la culture française marquée par l’exigence d’intégrité, le sens du collectif et du bien commun, et non pas communautaire, et une vision à long terme, et 2) assumer à 100% notre libanité porteuse du sens de l’hospitalité malgré ses risques, de l’audace ( mais qu’en faisons-nous ? Chatter qui va vers la corruption au lieu de servir des causes plus nobles) et de la tolérance qui nous amène à toujours tenter de sauver les relations des risques de rupture que provoquent parfois des convictions opposées, tout en cherchant des bases durables d’un réel vivre ensemble.

Personnellement, en tant que parlementaire : je suis vice-présidente du Groupe d’amitié France-Liban, je participe et propose des idées d’actions, même si je ne suis pas en première ligne. J’ai accueilli, en 2018, avec les autres membres de mon groupe d’amitié, des parlementaires libanais de tous bords pour parler du développement durable dans nos deux pays.

Je réponds autant que possible aux sollicitations télévisées et de la presse. Je prends la parole dans l’hémicycle pour exprimer la souffrance et les attentes des Libanais : cette souffrance et ces attentes, nous les connaissons mieux que les Franco-français et nous devons les relayer autour de nous. Les Français ont découvert la corruption qui sévit au Liban et c’est important que nous alertions contre une généralisation abusive en en lumière tous les efforts de nos concitoyens libanais pour survivre dans un contexte difficile. Cette mise en lumière peut aider à relativiser ce que nous vivons ici, dans la crise que nous traversons.

Lors de ces interventions médiatiques, et suite aux recherches auxquelles j’ai participé en sciences sociales, j’ai relancé la proposition d’un parlement libanais bicaméral (deux Chambres au Parlement) ce qui permettrait de préserver plus de démocratie, tout en préservant la représentation des diversités.Je prends aussi la parole dans l’hémicycle ou en questions écrites pour interpeller le gouvernement. L’interpeller sur sa politique étrangère de ces dernières années. En effet, avec d’autres pays donateurs, la France a alimenté la corruption des dirigeants libanais, sans trop s’inquiéter d’avoir des contreparties suffisantes en termes de réalisations concrètes. Je suis donc solidaire de la volonté de notre président Emmanuel Macron de réclamer, via CEDRE ( la conférence des donateurs ), que les garanties soient apportées quant à l’utilisation d’aides à venir. Ces garanties sont celles qui concernent la destination des fonds pour améliorer les services publics et les infrastructures.

J’interpelle également le gouvernement français sur l’importance majeure que la France reprenne sa place au Moyen-Orient, et surtout, entraîne l’Europe à exercer une réelle influence dans la région. Pourquoi ? L’Europe est le seul continent aujourd’hui porteur d’une tradition de paix. Nous voyons bien que l’Iran, la Turquie et les Etats-Unis veulent se positionner comme leaders au Moyen-Orient, mais pour quel projet ?

Nous savons combien la Méditerranée est le lieu d’ambitions diverses. Il faut, par la place que prend la France au Liban, gagner en crédibilité pour être parmi les acteurs majeurs de cette région, où se joue peut-être même l’avenir de l’Europe. Si la Grèce et Chypre sont entraînées dans un conflit armé par suite des tensions récentes autour des gisements gaziers, c’est toute l’Europe qui le sera.

Pour conclure, servir la France en aidant le Liban est notre tâche quotidienne, elle est double et grave dans un sens comme dans l’autre. La France s’est engagée au Liban ces jours-ci comme jamais, et a pris des risques. Nous, Franco-Libanais, sommes des médiateurs dans cette relation. Nous avons la charge de soutenir les efforts de notre pays d’adoption, et la responsabilité de les relayer auprès de nos familles et de nos amis, pour préserver la confiance des Libanais dans la France. Notre voix doit aussi porter l’exigence de la France pour plus de transparence et de démocratie au Liban.

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