Ma position sur l’euthanasie

Aujourd’hui, si on est contre l’euthanasie, on est stigmatisé comme ringard, réac, et contre la liberté des personnes. C’est difficile en politique d’être à contre-courant. Je vais néanmoins essayer d’expliquer en quelques lignes pourquoi je ne suis pas favorable à la proposition de loi sur la fin de vie qui va être présentée demain à l’Assemblée nationale dans la niche Liberté et Territoires. J’ai présenté quelques amendements dans ce sens pour pouvoir m’exprimer à ce sujet dans l’hémicycle. 

Si l’on demande aux personnes si elles préfèrent souffrir de façon insupportable que mourir, heureusement qu’elle répondent : mourir. Nous avons peur de la souffrance, nous craignons la déchéance, et nous voulons que nos proches gardent une belle image de nous. 

La proposition de loi est basée sur la peur. Mais si l’on décortique cette peur, de nombreuses questions se posent. Quand on dit qu’on ne veut pas que nos proches nous voient dégradés, cela ne signifie-t-il pas en creux que ceux qui le sont en permanence ( handicapés lourds par exemple, malades graves et chroniques) ne sont pas dignes d’être vus ? Font peur ? Doivent être maintenus loin des autres ? Eliminés ? Où se trouve le cursus de la dignité dans l’apparence ? Qui le détermine ? La personne vaut-elle plus que son apparence physique ou pas ? Est-ce qu’on ne risque pas de proposer l’euthanasie, comme personne de confiance, pour un proche handicapé, qui ne peut exprimer son avis et qui pèse sur la société ? 

Concernant la souffrance, les progrès sont très importants. A condition que le personnel soignant soit bien formé, ce qui n’est pas encore partout le cas. Dans les services spécialisés, quasiment toutes les douleurs peuvent être traitées. Quand cela n’est pas possible, et les cas sont rares, la sédation profonde et continue permet de calmer les souffrances sans tuer. Il arrive que les médicaments donnés en fin de vie raccourcissent le temps qu’il reste à vivre. Mais l’intention est de gagner en qualité de vie et non de mettre fin à la vie. 

La maladie de Charcot est souvent avancée comme étant le cas où il n’est pas possible d’éviter une fin de vie difficile et dégradée. J’ai interrogé les services de soins palliatifs, ils ont régulièrement des personnes souffrant de cette maladie, et ils arrivent à offrir une fin de vie calme et digne. 

Quand on dit que cette loi n’enlève rien à ceux qui n’en veulent pas, puisqu’ils ne seront pas obligés de l’utiliser : en fait, ce n’est pas tout-à-fait vrai, parce qu’elle va obliger les patients à y penser, à y répondre. Cela deviendra une possibilité. Et à partir de là, quand la personne va exprimer des difficultés, passer par des phases de dépression ou d’angoisse suite à l’annonce de sa maladie, comme le dr Kubler-Ross l’a décrit, alors son entourage pourra entendre sa détresse comme une volonté de mourir plus vite, et il pourrait être difficile de dire à nouveau qu’on n’est plus dans cet état d’esprit, dans les jours ou les semaines qui suivent, alors que les démarches d’euthanasie ont été entamées. 

J’ai entendu que le conseil de l’ordre des médecins est contre cette proposition de loi. Je n’ai pas trouvé de traces écrites de cette prise de position mais elle ne m’étonnerait pas parce qu’elle fait peser sur les médecins une responsabilité importante. Et en tous cas, elle vient heurter leur serment de respecter le code de déontologie dans lequel ils s’engagent à ne pas prolonger abusivement les agonies et à ne pas provoquer la mort délibérément. Les soins palliatifs oeuvrent sur la fin de vie et ont maintenant une bonne expérience. Mais l’esprit des soins palliatifs c’est déjà, lors d’un diagnostic difficile, d’arriver à doser, a décider quels sont les soins qui vont apporter une bonne qualité de vie, et ceux qu’il vaut mieux éviter. C’est refuser l’acharnement qui conduit souvent à des situations très compliquées et prolongent sans s’inquiéter de la vie et du projet du patient. Qui n’a pas vu des personnes âgées ou des malades proches de mourir être encore opérées ? Ou transférées pour des examens longs et inutiles ?

Mon époux est médecin en soins palliatifs, et j’ai moi-même formé en sociologie médicale dans ce cadre. Il peut témoigner qu’il a reçu des demandes d’euthanasie mais qu’elles ont disparu quand les personnes ont reçu une bonne prise en charge, que leur douleur a été maitrisée et que l’équipe a réfléchi avec la personne à son projet de vie. Mais avant tout, le soin se porte sur la douleur. C’est souvent cela qui rend la vie insupportable. Cela dit, les demandes d’euthanasie ne sont pas fréquentes dans les services de soins palliatifs. Il y a plus de personnes valides qui demandent la mise en place de l’euthanasie que de malades en fin de vie. 

Je crains que cette loi, si elle passe, soit un prétexte pour diminuer les moyens et les dépenses en santé, et mettre un frein à la recherche en soins palliatifs. On peut le craindre puisque l’expérience montre que lorsque le nombre de soignants diminue dans un EHPAD, les demandes de mort augmentent. Il ne restera plus, alors, qu’à les satisfaire. Rien que cela justifie pour moi ma prise de position.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/on-fait-ca-sous-le-manteau-ou-alors-a-l-etranger-le-droit-a-choisir-sa-fin-de-vie-dernier-tabou-politique-2034688.html

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